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L’agence Rol et la concurrence

 

En décembre 1903, avant que Marcel Rol ne lance son affaire en compagnie de Louis-Pierre Tresca, deux ou trois agences photographiques s’intéressaient à l’actualité et aux sports: Chusseau-Flaviens, Branger-Doyé [1] et Photo-Nouvelles, une agence vraisemblablement dirigée par Armand Bouffar [2].

Le nombre de périodiques qui publient des photographies sportives de ces agences semble peu important. On trouve notamment des photographies de l’agence Branger-Doyé à partir du 11 octobre 1902 dans La Vie au Grand Air et dans la revue L’Universel d’octobre à novembre 1903. Deux photos de sport mentionnées « Branger-Doyé » figurent dans le quotidien Le Journal le 23 juillet 1903 et le 3 août 1903.

23 photographies sportives de Chusseau-Flaviens et 18 de Branger-Doyé paraissent dans Le Monde illustré en 1903. Armand Bouffar, quant à lui, est le photographe attitré du quotidien Le Monde sportif [3].

Les photographes sportifs sont nombreux en 1903. Ils peuvent être salariés d’une revue ou indépendants. La Revue sportive nous en donne la preuve : créée en 1903 par Ferdinand de Baeder, elle est consacrée à tous les sports et concurrence directement La Vie au Grand Air et Armes et Sports. Dans cette publication richement illustrée (en moyenne chaque numéro comporte près de 100 photos de mai à octobre 1903),  nous pouvons relever le nom d’une cinquantaine de photographes, parmi lesquels figurent très rarement des noms connus : Jules Beau, Chiesi, Barenne, Branger (associé à Doyé).

Les photographes les plus réguliers de la revue sont Pomier, Létondal, Lecoeur et Schweitzer. Ce sont pour deux d’entre-eux au moins de jeunes reporters : Lecoeur n’a alors que 20 ans tandis que Létondal  est âgé de 22 ans. Plus tard, ces photographes seront recrutés par l’agence Rol  (Lecoeur en 1906 et Létondal vers 1909).

La Vie au Grand Air fait aussi appel à plusieurs photographes [4], mais elle n’en reconnaît que deux comme « photographes officiels » : Georges Delton [5] et Simons [6]. Elle fait paraître des photographies de Jules Beau, de Zulimo Chiesi et de Raffaële depuis 1898.

On ne connaît pratiquement rien des photographes qui fournissent Armes et Sports, la revue d’Armand Lusciez. Paul Doyé en fait partie [7] ainsi qu’un certain Servan [8]. Ils ne sont presque jamais cités dans cette revue lancée en mai 1903. Ce n’est qu’en octobre 1903 que le nom de Rol apparaît avec celui de Tresca dans ce périodique [9], la citation « deux des photographes d’Armes et Sports » laissant perplexe quant au nombre de collaborateurs qu’elle pouvait solliciter.

Certains photographes sportifs, Raffaële,  Bouffar, Jules Beau, Paul Doyé, jouissent d’une certaine renommée avant 1904. Ils sont souvent cités dans L’Auto [10]. Raffaële, dont on ne connaît rien à part sa profession, apparaît sur une photographie de la Revue sportive de mai 1903 en compagnie de Jules Beau, photographie accompagnée de cette légende « les photographes photographiés, Raffaële exulte, Beau n’en revient pas ! ».  Une autre photographie prise par un certain J. Knecht montre Raffaële en compagnie de Simons dans l’exercice de leur métier à l’arrivée d’un cross-country.

Photo illustrant l’article d’Emile Dacier « la photographie et les sports » paru dans l’Annuaire Général et International de la Photographie, 1908, p. 410Photo illustrant l’article d’Emile Dacier « la photographie et les sports » paru dans l’Annuaire Général et International de la Photographie, 1908, p. 410

 

La tâche paraît rude pour s’imposer dans un secteur où les photographes sont légion. Pourtant l’agence Rol s’impose clairement dans le milieu de la photographie sportive dès 1904 et ne fera qu’accentuer sa présence, malgré l’apparition d’autres agences telles que Hutin-Trampus [11], Biard, puis Hardingue. On peut évaluer la prédominance des agences Rol et Branger sur les autres photographes en relevant les mentions de photographes dans  les revues Paris illustré en 1904, Les Sports modernes pour la période 1905-1907, Le Monde illustré (1904, 1905 et 1907), et le quotidien Le Petit Journal.

La prédominance des deux agences Rol et Branger est nette dans la revue sportive Les Sports modernes et dans le supplément sportif du Monde illustré.

Les photographes « indépendants » perdent progressivement du terrain dans Les Sports modernes : c’est le cas de Raffaële, de Tresca et d’Edouard Cordonnier. En 1905 seules 11 photos Hutin-Trampus paraissent dans la revue contre plus de 60 pour Rol et Branger.

Les deux agences sont aussi les principaux fournisseurs d’images d’actualité du Petit Journal, Branger devançant Rol d’assez loin.

Il est difficile de savoir laquelle des deux agences est l’affaire la plus rentable. Branger semble avoir eu quelques soucis en 1905 [12], mais son affaire paraît remise à flot en 1906 si on considère que les parutions dans les périodiques indiquent la bonne santé de l’entreprise. L’agence Branger est présente à l’international comme l’agence Rol : elle fournit très régulièrement l’Allgemeine Automobil-Zeitung de Vienne à partir de 1905 et La Stampa sportiva en Italie, alors que Rol est absent de ces périodiques. Elle est aussi redevenue le principal fournisseur de L’Auto et transmet abondamment des photos au journal Les Sports. A-t-elle pu faire paraître autant de photographies que l’agence Rol pendant la période qui nous occupe (plus de 10500) ? Une étude de cette agence serait nécessaire pour le savoir.

 

Le Monde illustré du 15 septembre 1906Le Monde illustré du 15 septembre 1906

L’agence Rol et l’agence Branger se partagent les parutions de photos de sport dans Le Monde illustré (extrait du Monde illustré du 15 septembre 1906). A droite la photo du coureur Siret (n°1870, original conservé à la BnF)




[1] Photo-Presse se substitue à l’agence Branger-Doyé en novembre 1903

[2] Agence sans doute dirigée par Armand Bouffar (1861-1911) d’après une mention parue dans Gil Blas du 23 janvier 1905. Bouffarest cité en exemple de reporter journaliste dans l’article nécrologique qu’il consacre à Marcel Rol dans L’Auto du 18 septembre 1905.

[3] « notre collaborateur Bouffar» dans Le Monde sportif du 6 juillet 1903 et du 29 août 1903

[4] Sept photographes suivent le Grand Prix de Paris pour la revue (La Vie au Grand Air du 12 juin 1903)

[5] Georges-Frédéric Delton est né à Neuilly le 19 octobre 1859

[6] La Vie au Grand Air du 3 juillet 1903, p. 436. Simons, photographe de la revue La Vie au Grand Air, est photographié à deux reprises par Marcel Rol en 1905, (photos n°583 et 933). Le véritable nom de Simons est Simon Moyse. Né à Dijon le 4 janvier 1872, Il fut arrêté et déporté à Auschwitz avec sa seconde épouse, Blanche Lambert, le 30 septembre 1942 (Fichier pdf sur le site de l’AFMD)

[7] L’Auto du 30 juin 1903

[8] L’Auto du 16 février 1904

[9] Armes et Sports n°24 du 9 octobre 1903

[10] L’Auto du 10 juin 1901, 28 juin 1901, 19 août 1901, 20 juin 1902, 30 juillet 1902, 27 août 1902, 6 octobre 1902, 13 octobre 1902, 21 mai 1903, 2 juillet 1903, 31 août 1903 (etc.)

[11] Créée le 3 décembre 1904, la société Hutin-Trampus ou Photo-Express est comme l’agence Rol une société en commandite, dont le commanditaire, M. Louis Valette apporte 5000 francs de capital. Philippe Hutin (né le 30 août 1862 à Paris) et Charles Trampus se séparèrent dès 1906 pour créer des sociétés de reportage distinctes.

[12] Elle est en liquidation judiciaire le 9 mai 1905 et en faillite le 9 octobre 1905 (Archives commerciales de la France du 13 mai 1905 et du 14 octobre 1905)


 

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Les textes et la mise en page de ce site sont l'oeuvre de Jacques Gasté.

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